23/01/2007
Un de mes combats locaux
Parmi les sujets que je suis particulièrement dans mon arrondissement, il y a le magnifique projet de faire revivre la seule rivière parisienne, la Bièvre, qui malheureusement coule dans le XIIIème de façon souterraine. C'est un sujet qui à mon sens concerne tous les parisiens.
Voici donc le récit d'une de mes visites effectuée en octobre avec le conseil de quartier Croulebarbe dont je suis l'élu :
Nous étions une trentaine, en ce dimanche d’automne, à suivre, le tracé de la Bièvre dans notre quartier. Il s’agissait d’abord de comprendre l’histoire de cette rivière francilienne qui coulait, il y a un siècle, des Yvelines jusqu’au pont d’Austerlitz et qui est aujourd’hui canalisée dans les égouts.
Un tracé toujours présent
Dans notre quartier la Bièvre se divisait en deux bras : l’un vif, coulait le long de la rue Gondinet, de la rue Croulebarbe et de la rue Berbier du Mets ; l’autre « mort », avec un petit débit, suivait la rue Paul Gervais, le square Le Gall et coupait la rue Emile Deslandres. Les deux bras passaient boulevard Arago, puis sous le boulevard de Port-Royal.
Nous avons d’abord suivi le tracé de la Bièvre vive : celle-ci descendait au niveau de l’escalier d’entrée du square Le Gall, au carrefour Corvisart-Croulebarbe et traversait en coude l’actuel espace de jeux pour enfants.
Les murs de la berge rive gauche sont encore visibles, en prolongement du mur délimitant le square Le Gall, perpendiculairement à la rue des Reculettes et jusqu'à l’entrée du square, rue Berbier du Mets.
La Bièvre coulait sous l’actuelle chaussée de la rue Croulebarbe. Une Photo ancienne la montre au niveau de l’actuel restaurant à l’enseigne du «cabaret de la mère Grégoire », 41 rue Croulebarbe, que fréquentaient en leur temps, Lafayette, Chateaubriand et Victor Hugo.
A l’angle de la rue Croulebarbe et de la rue Berbier du Mets, l’immeuble bâti utilise des éléments d’un pont qui enjambait la rivière.
Un peu plus loin, à gauche, au 1bis rue Berbier du Mets, des pierres marquent les vestiges du pavillon de chasse de M. de Julienne, datant du XVIIIe siècle. Au 8, une marque « 70 T.4 P. » indique que la Manufacture des Gobelins devait entretenir sur cette longueur (70 toises et 4 pouces soit 138 m) le lit de la rivière.
Rue Geffroy, dans l’actuel résidence de la Reine Blanche, on peut apercevoir un bâtiment en briques rouges : c’est une ancienne mégisserie où l’on tannait les peaux des ovins, en utilisant l’eau de la Bièvre.
Nous sommes ensuite remontés par le tracé de la Bièvre morte. Celle-ci traversait l’îlot Arago-Cordelières-Deslandres-Berbier du Mets, où un groupe immobilier est en train de réaliser une opération luxueuse. Sa trace peut se marquer à travers les jardins intérieurs existants. Elle longeait les terrains du Mobilier National puis ceux du Lycée Rodin, dans le square Le Gall.
Enserré entre la Bièvre vive et la Bièvre morte, le square Le Gall, aménagé en 1936, s’appelait auparavant « l’île aux singes » et se divisait en une soixantaine de jardinets concédés aux ouvriers des Gobelins.
Pour la renaissance de la Bièvre
Alain Cadiou, président de l’Union pour la Renaissance de la Bièvre, qui regroupe 33 associations, et habitants de notre quartier, nous a alors présenté l’état de la question. Suite à différents travaux d’aménagement, la Bièvre coule, comme rivière vivante sur 30 Km de sa source, dans les étangs de Saint-Quentin jusqu’à Fresnes. Elle est alors détournée dans les égouts qui se jettent près de Choisy-le-Roi dans la Seine.
Des études ont été faites depuis des années, au niveau de la Ville de Paris (APUR) ou de la région (IAURIF) pour remettre la rivière à l’air libre, partout où cela est possible. Après différents projets, où les coûts d’une rivière au maximum à l’air libre et se jetant dans la Seine ont été chiffrés entre 64 et 100 millions d’euros, la Mairie de Paris a décidé pour le moment de « marquer symboliquement » le parcours de la rivière.
Ce marquage peut se faire notamment par des panneaux, des animations, de la lumière et de l’eau. Cette eau peut provenir de la Bièvre ou des eaux pluviales, par le biais d’un canal de dérivation (un bief).
En fait derrière le problème de la Bièvre se pose la question de la gestion de l’eau à Paris. Comment recueillir les eaux des pluies, les séparer des eaux usées, diminuer la pollution de la Seine, qui reçoit le trop plein des égouts, alors qu’elle sert aussi à fabriquer de l’eau potable. Mais aussi quel doit être le rôle de l’eau dans l’urbanisme parisien : ressource renouvelable indispensable à préserver, moyen de rafraîchissement de l’atmosphère, milieu de vie pour la faune et la flore, symbole de la vie pour tous les êtres humains, lieu d’histoire et de mémoires, espace de jeux et d’éducation pour les enfants.
La discussion fut féconde et une proposition commune s’est dégagée de l’assemblée : il ne peut y avoir de parcours symbolique de la Bièvre, comme le prévoit la municipalité, sans présence réelle de l’eau, et d’abord dans les jardins.
Au jardin Kellermann où c’est le plus facile, car la pente la conduit ; mais aussi dans le square Le Gall où le petit ruisselet du 33 rue des Cordelières est bien insuffisant. D’autant plus que le square Le Gall est un des rares grands jardins parisiens dépourvu de plan d’eau.
Peut-être qu’au début, nous n’aurons que des eaux pluviales, envoyées par des pompes. Mais le sentiment des visiteurs de cette journée était plutôt favorable à la renaissance d’une vraie rivière. Un jour, la Bièvre coulera à nouveau dans Paris. Parce que son lit est toujours là dans la majorité des lieux qu’elle visita. Parce qu’il est aberrant de gâcher de l’eau vive dans les égouts.
Parce que, tout simplement, l’eau c’est la vie…..
(D’après la note redigée en Conseil de Quartier)
pour en savoir plus : http://www.bievre.org/index.htm
11:00 Publié dans 13eme Arrondissement, Paris, UDF / MODEM | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bievre, paris, udf, laurent haddad, eau, apur





